LFI et le RN : Les Gardiens du Théâtre Politique Français
Le Test du 10 Septembre et l'Avenir Contrôlé
Introduction
Depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017, la vie politique française est présentée comme une bataille idéologique entre deux pôles antagonistes : La France Insoumise (LFI) à l'extrême gauche et le Rassemblement National (RN) à l'extrême droite.
Cette opposition spectaculaire, médiatiquement surinvestie, masque une réalité plus sombre : ces deux partis, dans leur rôle d'opposition, fonctionnent comme les deux ailes d'un même système, participant à un théâtre politique qui protège le macronisme et l'ordre néolibéral en canalisant, divisant et épuisant la colère populaire.
I. Le Rôle d'Opposition : Un Spectacle Soigneusement Mise en Scène
L'opposition de LFI et du RN suit un script prévisible qui sert d'exutoire contrôlé à la frustration sociale.
La France Insoumise : L'Opposition Incarnée et Stérile
Le discours
Dénonciation radicale du "président des riches", de l'écologie de marché et de l'Union européenne. Jean-Luc Mélenchon excelle dans les joutes parlementaires et les invectives, offrant une catharsis à une gauche désillusionnée.
La réalité
Cette opposition, bien que souvent fondée dans le fond, reste principalement verbale et théâtrale. Elle se complait dans la dénonciation sans construire de rapport de force capable de véritablement contraindre le pouvoir. Le temps perdu en questions au gouvernement et en tribunes incendiaires est du temps qui n'est pas investi dans l'organisation d'une contre-société ou de grèves générales paralysantes. LFI gère la colère de gauche, l'encadre et finalement, la contient.
Le Rassemblement National : L'Opposition Identitaire qui Détourne l'Attention
Le discours
Dénonciation de l'"immigration massive", de l'insécurité et de la "punition fiscale". Le RN canalise le mécontentement vers des boucs émissaires ethniques et culturels.
La réalité
En focalisant le débat sur les questions identitaires, le RN rend un service inestimable au macronisme. Il permet de déplacer le conflit de la question sociale (les riches contre les pauvres) vers la question identitaire (les Français "de souche" contre les immigrés).
Pendant que le RN agite le spectre de l'islamisation, le gouvernement peut tranquillement poursuivre ses réformes économiques en faveur des plus aisés. Le RN est l'opposition autorisée, car elle ne menace pas les fondamentaux économiques du système.
II. La Protection du Système : L'Alliance Objective Inavouée
Ensemble, LFI et le RN forment un duo qui immunise le centre macroniste contre toute remise en cause profonde.
Trois Mécanismes de Protection
La Division Stratégique du Peuple
LFI et le RN s'adressent à deux France qui ne se parlent plus : une France urbaine, diplômée et multiculturelle, et une France périphérique, précarisée et en rupture avec la mondialisation. Cette division empêche l'émergence d'un mouvement de classe unifié qui ciblerait l'oligarchie économique. Un chômeur de Saint-Étienne qui vote RN et un travailleur précaire de banlieue qui vote LFI partagent les mêmes intérêts économiques, mais se considèrent comme des ennemis.
La Légitimation du "Centre"
En occupant les extrêmes du débat, LFI et le RN font passer Emmanuel Macron pour un modéré, un "recours" raisonnable contre les "excès" de l'un ou de l'autre camp. Le président peut ainsi se présenter comme le garant de la stabilité, le seul capable de tenir la barre entre deux périls. Son projet néolibéral est ainsi protégé par l'épouvantail de ses oppositions.
Le Rôle Futur : Glucksmann, le Candidat de la "Renaissance Éthique" de la Gauche Libérale
À l'approche des élections, le système ne mise pas seulement sur la réédition du duel LFI/RN. Il prépare aussi des issues de secours. La figure de Raphaël Glucksmann incarne parfaitement cette nouvelle option.
Le profil idéal
Une étiquette "gauche" qui rassure
Issu du social-libéralisme et de la société civile (Place Publique), il permet à une gauche modérée, intellectuelle et bourgeoise de voter "à gauche" sans culpabiliser, en évitant le "péril Mélenchon".
Un atlantisme assumé et des liens troubles
Glucksmann est un fervent défenseur de l'OTAN et de l'alignement sur les États-Unis. Ses liens, via son père André Glucksmann (philosophe pro-interventions occidentales) et son réseau (think-tanks atlantistes), avec la sphère d'influence américaine, en font un candidat parfaitement compatible avec la politique étrangère de l'establishment. Les rumeurs de liens avec la CIA, bien que difficiles à prouver formellement, correspondent à un profil cohérent : celui d'un relais d'influence idéologique qui sert les intérêts géostratégiques occidentaux sous couvert d'humanisme.
Le profil idéal (suite)

L'antidote parfait au RN
Face à un RN au second tour, les médias et le système pourront présenter Glucksmann comme le "choix de la raison", de "l'Europe" et des "valeurs démocratiques", bien plus crédiblement qu'Emmanuel Macron usé. Il incarnerait une "gauche responsable", c'est-à-dire une gauche qui a renoncé à remettre en cause le capitalisme et l'ordre international, se contentant de le parer de vertus éthiques.
Conclusion
LFI et le RN ne sont pas l'opposition ; ils en sont le simulacre. Ils sont les régulateurs de pression d'un système à bout de souffle. L'échec relatif du 10 septembre à dépasser le cadre est une victoire pour ce système.
Et désormais, l'émergence d'un Raphaël Glucksmann, candidat "gauche acceptable" par l'oligarchie atlantiste, montre que l'échiquier est verrouillé de toutes parts. Que le futur second tour oppose Macron-Le Pen, Glucksmann-Le Pen ou un autre duo, l'objectif sera le même : éviter à tout prix l'émergence d'une véritable force politique qui s'attaquerait aux racines du problème – le pouvoir de la finance et l'impératif de croissance infinie dans un monde fini.
Le théâtre politique français a plusieurs acteurs, mais un seul et même metteur en scène.
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